Lu par Frédérique Panassac

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(Thierry Jonquet)

Ce roman de Thierry Jonquet paru en 2006 a pour cadre le 9-3, le département de Seine St Denis. Il l'a écrit juste après les émeutes qui ont enflammé les banlieues en 2005 faisant suite à la mort, le 27 octobre, de deux adolescents dans un transformateur électrique.
C'est une illustration magistrale de la dérive de certains jeunes immigrés de la deuxième ou troisième génération, vivant dans les cités, qui pour la plupart ont perdu leurs repères affectifs et moraux, et sont la proie facile du radicalisme religieux, de la criminalité, et souvent d'une alliance des deux.

Sont mis en exergue deux destins qui se croisent. Celui d'Anna Doblinsky, jeune professeur de français effectuant sa première rentrée dans un collège du 9-3: elle doit apprendre à gérer les "apprenants" dans "l'espace-classe", selon le jargon bien spécifique de l'IUFM, dont T. Jonquet se gausse avec délectation.
Et d'un de ses jeunes élèves, Lakdar Abdane, fils d'un employé d'origine algérienne qui assume seul son éducation. Lakdar, à la suite d'une bavure médicale, a perdu l'usage de sa main droite alors qu'il était promis à une brillante carrière de dessinateur.

Bientôt commencent la navigation périlleuse de la jeune enseignante et la terrible dérive du jeune garçon méritant. Profondément meurtri, ce dernier écoute les sirènes de l'islamisme radical, tandis qu'Anna, qui lutte pour imposer son autorité, tente d'échapper à un antisémitisme viscéral dont une collègue a été victime avant elle.

Thierry Jonquet se glisse dans la peau des jeunes de banlieue, épousant leur mentalité dans des monologues intérieurs qui reflètent leurs réflexes langagiers par l'usage du verlan et de simplifications péremptoires.

Pour Lakdar, la violence va agir comme une drogue pour apaiser son sentiment d'injustice. Il va se croire autorisé à se venger de la manière la plus instinctive qui soit, sur plus faible que lui, dans une fuite en avant aussi criminelle qu'irréfléchie.

Anna, sa vocation sincère bridée par la stupidité des théoriciens et la passivité de l'administration, Lakdar, victime et bourreau à la fois, évoluent dans deux univers marqués par les frustrations et par l'échec.

L'analyse de Thierry Jonquet s'incarne dans des personnages poignants et des rôles secondaires nobles ou pathétiques, dont chaque modèle existe dans le milieu éducatif. Le récit est charpenté par des convictions politiques qui ne sont pas assénées lourdement mais finement distillées dans les dialogues.

Le titre du roman est emprunté à Victor Hugo. Il est extrait d'un poème qui tire les leçons de la révolte des Communards. Le poète dénonce les fautes de la bourgeoisie qui, n'ayant concédé aucun droit aux prolétaires, leur a permis d'errer sans but dans l'obscurité. Il s'adresse à la classe des possédants en ces termes:

"Vous les avez laissés en proie au labyrinthe.
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte".

Poème cité p. 288 du roman dans l'édition de poche Points Seuil.


A la mémoire de Thierry Jonquet,
l'association Toulouse Polars Sud
organise un concours de nouvelle
Ici, vous trouverez le règlement.